Le recueil Julienne : Watteau et l’estampe

Julienne, Watteau ? Quel est leur lien? Il s’agit en premier lieu, d’un couple d’amis mais qui donnera naissance à l’un des plus grands recueils d’estampes du XVIIIème siècle. Attardons nous, dans un premier temps sur les personnages.

Watteau
François BOUCHER, Portrait d’Antoine Watteau, 1727, eau-forte

 

 

 

Watteau, ai-je besoin de le présenter ? Vous avez probablement vu un de ses Pierrot ou une scène galante dans un musée ou chez votre mamie. Antoine Watteau est l’un des peintres les plus reconnus de son temps, grand maître du rocaille, il excelle dans les peintures de genre notamment les scènes galantes mais aussi les personnages de la commedia dell’arte. Outre ses talents de peintre c’est aussi et peut-être avant tout, un excellent dessinateur.

Julienne
François de TROYE, Portrait de Jean de Julienne, 1722, Huile sur toile

 

 

C’est ce talent qu’exploita Julienne en ami et grand homme d’affaire. Jean de Julienne est né en 1686. Il est fils d’un grand drapier parisien, lui-même devient teinturier et marchand drapier. Son sens du commerce est indéniable, il fait vite fortune et épouse en 1720 une femme de la petite noblesse. Il est anobli en 1736. Malgré sa vocation à commercer, il est depuis toujours attiré par le monde de l’art et se lie d’amitié avec de nombreux artistes dont Watteau qui lui offre de nombreuses œuvres.

boucher
François Boucher (1703-1770), d’après Antoine Watteau Jeune femme assise, tournée vers la gauche, la jambe gauche repliée, les épaules dénudées 1728 Figures de différents caractères, pl. 216

Ainsi quand son grand ami meurt en 1721, Julienne entreprend de créer un recueil assemblant les dessins et les toiles de Watteau grâce à des reproductions gravées. Il constitue quatre volumes. Les deux premiers, en 1726, « Les Figures de différents caractères » rassemblent des personnages d’après les dessins de Watteau. Deux autres tomes intitulé l’œuvre gravée d’après Watteau reprennent ses dessins et ses toiles. On dénombre plus de 600 estampes. L’entreprise court jusqu’en 1732. Julienne utilise sa collection personnelle mais achète aussi et emprunte auprès des autres amis de Watteau comme le chanoine Haranger.

Ce projet titanesque met en place une manière d’interpréter le dessin grâce à l’estampe. Pour cela, Julienne fait graver à l’eau-forte. Une manière de graver la plaque de cuivre avec de l’acide. Le graveur enduit la plaque de vernis pour la protéger, il grave avec une pointe les contours de son motif puis la met dans l’acide, plus le trait gravé y reste longtemps, plus il sera sombre à l’impression. Quand on imprime la plaque cette technique donne un aspect proche du dessin grâce au morsure de l’acide. Pour accentuer l’illusion, Julienne joue sur la mise en page dans le recueil « Les Figures de différents caractères ». Il met en place un simple cadre sans signature, ni mention « sculpsit » (« gravé ») le graveur signe simplement par ses initiales comme l’aurait fait le dessinateur. Cette technique présage de la manière de crayon dont nous parlerons dans un prochain billet. Parmi les grands noms qui travaillèrent en tant que graveur pour Julienne, il nous faut citer Boucher qui avant d’être le peintre de Louis XV fut un fameux graveur d’interprétation !

deux états

Concernant « l’œuvre gravée », la tâche fut plus compliquée. Dès 1725, Julienne obtient un privilège royal qui lui confère l’exclusivité de l’interprétation des toiles de Watteau. Cependant le grand format des toiles et les détails, les contrastes de couleurs ou les effets atmosphériques des peintures sont complexes à rendre dans une gravure en noir et blanc. De grands graveurs comme Jacques-Philippe Le Bas relèvent le défi. Le Bas s’atèle à l’interprétation de l’Assemblée Galante – Il faut préciser que tous les titres furent donnés dans le cadre du recueil car Watteau ne nommait pas ses œuvres – Le Bas opte donc pour une technique alliant l’eau-forte et le burin. Il commence par entamer la plaque à l’eau forte, ainsi il réalise la plus grande partie du motif puis il vient ajouter les détails au burin. Le résultat est saisissant.

Le recueil Julienne est un monument du XVIIIème siècle non seulement dans l’histoire de l’estampe mais aussi pour l’Histoire de l’Art. En effet, il remplit le rôle de catalogue raisonné de l’œuvre de Watteau alors que beaucoup de ses dessins et toiles ont disparu. Il est un témoignage précieux réalisé par des artistes et des notables contemporains. Le recueil Julienne est un trésor pour l’Histoire de l’art.

 

 

 

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