La Belle et la Meute

La Belle et la Meute est le premier long métrage de fiction de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania. Issue du documentaire la metteuse en scène nous offre une vision crue du combat des femmes pour faire appliquer leurs droits. Le cinéma l’Esculrial, dans le 13ème proposait de découvrir, le mercredi 18 octobre, ce film en compagnie de Fatima Benomar membre du collectif les Effronté-e-s.

Du grand cinéma

La Belle et la Meute prend pour cadre la jeune démocratie Tunisienne après la Révolution Arabe. Mariam s’amuse, les spots dessine sa silhouette dansante, ses amies rient avec elle. Mariam croise le regard d’un homme. Il est plus vieux qu’elle, elle vient tout juste de sortir de l’enfance. Ils se plaisent, ils sortent de la boîte, la porte se referme derrière eux, fondu au noir.

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La Belle et la Meute

Dans le plan qui suit Mariam court débraillée. Elle vient d’être violée. La caméra tremble avec elle, le spectateur perd ses repères. Ainsi commence son combat, un chemin semé d’embûches pour faire juger et condamner ses agresseurs. Elle rencontrera des gens compatissants et d’autres qui chercheront à tout prix à la dissuader : l’infirmière voiler qui lui indiquera le médecin légiste, les policiers qui voudront l’empêcher par tous les moyens de déposer plainte, le journaliste engagé qui la poussera à faire valoir ses droits envers et contre tous. Mariam s’appropriera peu à peu son combat pour devenir actrice de son propre destin.

Au delà de l’inspiration de fait réel: la fiction renforce le message

Inspiré du livre Coupable d’avoir été violée – recueil du témoignage de Meriem Ben Mohamed, violée en banlieue chic de Tunis – le film prend de nombreuses libertés. Il s’agit d’une très jeune adulte, tandis que Meriem Ben Mohamed était une femme mariée, toute la question des réactions familiales est éludée, la réalisatrice se concentre sur la bataille de la jeune femme. La magie de la fiction permet de renforcer le message. Elle n’est pas mariée, elle est jeune, elle est sexy mais aucun de ces points ne justifient son viol et son humiliation.

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Mariam, une jeune femme libre et vivante

Kaouther Ben Hania a fait une partie de ses études à Paris entre la Fémis et Paris 3. Elle pose un regard universelle sur le droit des femmes et la question de l’émancipation féminine qui trouve un écho troublant avec l’actualité du moment. Depuis 2010 elle se limitait au documentaire mais ce médium lui donne un maniement de la caméra très singulier qui rend dans toute sa vérité et son authenticité une réalité violente dans ces contrastes : le plus souvent blessante et sombre mais avec quelques percées de lumière. Les plans séquences donnent lieu à une narration en temps réels ; malgré les ellipses, l’action n’est pas hachée. Le spectateur voit se dérouler l’évolution de l’état d’esprit de Mariam et sa descente aux Enfers pour prouver son statut de victime.

Un débat criant d’actualité

Après la séance d’1h40, passée aussi vite qu’on éteint une lumière, Fatima Benomar se présenta, elle même marocaine d’origine et victime d’agression, le film trouvait un échos particulier dans son histoire personnelle. Elle souligna le fait que le film, en plus d’être un film engagé pour une cause (féministe), était aussi une œuvre cinématographique de grande envergure. Un débat s’ouvrit sur le statut et l’importance d’un personnage masculin central : celui du journaliste qui la pousse à porter plainte. Certains pensaient qu’il était trop important et empêchait Mariam de prendre les commandes de cette expérience traumatisante. Il se trouve que je suis plutôt de l’avis du second camp: ce personnage du nom de Youssef permet à Mariam, sous le choc, de tout de suite se tourner vers les autorités. Elle n’aurait pas pu le faire seule étant complètement traumatisée et désorientée. Elle serait probablement rentrée chez elle et aurait pris une douche pour tenter de se nettoyer de ces souillures. La plupart des victimes de viol ont ce réflexe malheureusement il enlève aussi une grande partie des preuves. Elle avait besoin de cette figure qui lui permet de franchir les portes du commissariat, peu à peu il vient à s’effacer et laisse le champ libre à Mariam pour mener son combat.

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Youssef accompagne Mariam au commissariat pour porter plainte et se heurte au machisme des policiers

Fatima Benomar nous raconta son expérience d’associative, quand elle accompagne les femmes victimes de viol porter plainte, et la façon dont elles sont systématiquement culpabilisées par les forces de l’ordre qui ne sont parfois pas plus au courant qu’elles de leurs droits : un bien triste tableau. Cependant il s’acheva sur la note d’espoir d’une progressive prise de conscience dans les mentalités collectives de l’anormalité de ce procédé. Des femmes qui parviennent à parler et décide d’accuser publiquement leurs agresseurs. Le lien avec l’actualité brûlante notamment l’affaire Weinstein trouvait évidemment un échos terriblement proche ainsi que les #balancetonporc. Le combat continue, il n’est jamais gagné, la marge de progrès est encore immense à l’échelle internationale.

Ce film a cela dit, put voir le jour, financé en partie par le jeune gouvernement tunisien, chose impensable au temps de la dictature. Son grand prix cinéma ELLE, sa sélection au festival de Cannes, au festival du film francophone d’Angoulême, lui donne de la visibilité à travers le monde et ajoute une nouvelle pierre au combat féministe.

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