Constantinople devient Istanbul

Constantinople fut, dès sa création une ville entre Asie Mineure et Europe, à la jonction de deux mondes. De Byzance à Constantinople, de Constantinople à Istanbul, cette ville subit de nombreuses modifications de grande importance, qui modifièrent la façon de voir et de penser de ses habitants. Cette ville à la base une tentative de réunification du peuple romain d’Occident, donnera lieu à une nouvelle culture grâce à la rencontre de l’Orient et de l’Occident. Une compréhension de ce que furent cette ville et les civilisations qui y ont écloses passe donc nécessairement par un aperçu de la vision qu’avaient du monde ceux qui l’on dominé à partir des rives du Bosphore. D’abord ville partagée entre deux continents, comment Constantinople devient-elle la capitale d’un empire ottoman?

Avant la conquête de Constantinople                  

La Fondation de Constantinople

Byzance était une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, sur les rives du Bosphore, sur une partie de l’actuelle Istanbul. Dioclétien empereur romain du IIIème siècle après J.C. se rend compte que Rome est en pleine décadence. Il tente malgré tout de reformer une unité avec son peuple mais réalise que l’empire est trop vaste. Il doit choisir une nouvelle capitale pour l’empire. Il porte donc son choix sur Nicomédie à 70 km du Bosphore. Dioclétien savait que s’était l’emplacement idéal. Byzance aurait été un meilleur choix mais cette petite cité grecque avait la réputation d’être une cité rebelle. En effet, un siècle plus tôt Septime Sévère avait du la détruire après un long siège, pour la rebâtir aussitôt, ne pouvant se dispenser d’une place forte en un lieu aussi stratégique. Une fois Dioclétien mort, ses successeurs se disputèrent l’empire. Constantin parvint à ravir l’Empire aux successeurs de Dioclétien.

Après quoi il choisit définitivement la zone du Bosphore comme point privilégié de sa politique. Il fonde entre 324 et 330 une ville, 3 à 4 fois plus grande que Byzance, voulant créer une «nouvelle Rome», cette ville il lui donna son nom: Constantinople. Cette cité devint la capitale de l’Empire romain d’Orient ; elle se développa très rapidement grâce aux invasions barbares et à la décadence qui affaiblissaient l’Empire romain d’Occident, ayant pour effet de concentrer le commerce sur Constantinople. La ville s’enrichit aussi bien économiquement que culturellement.

Une ville multiculturelle
Ravenne Théodora
L’impératrice Théodora et sa suite, mosaïque Saint Vitale Ravenne

La ville de Constantinople et la culture byzantine, bien avant l’arrivée des Ottomans, étaient déjà un mélange de deux cultures, la culture grecque héritage de Byzance datant d’avant Jésus Christ et celle des Romains d’occident apportée par Dioclétien et Constantin. Ce croisement de deux cultures eut pour effet de créer un style artistique à part entière. Les artistes constantinopolitains ne manquaient ni de moyens ni d’imagination. Ils étaient passés maîtres dans la construction de basiliques et dans la fabrication de mosaïques comme on peut le constater dans Saint-Vitale à Ravenne, où Justinien fit construire une basilique lorsqu’il réussit à élargir son empire jusqu’à l’Italie, il la décora de nombreuses mosaïques qui restent l’incarnation de l’art byzantin même à notre époque. Le règne de l’Empereur Justinien au VIème siècle permit en effet l’épanouissement de cet art et la construction de chefs-d’œuvre architecturaux en particulier la basilique Sainte Sophie. Pendant longtemps elle fut le plus vaste lieu de culte de la chrétienté. La construction de la basilique commença en 532 et fut consacrée en 537. Elle est le fait de deux architectes : Anthémius de Tralles et Isidore de Milet. L’aspect extérieur est assez lourd pour permettre l’exploit d’élever une coupole de près de 30 m de diamètre. Elle était entièrement plaquée de marbres de couleur et les colonnes sont des colonnes de porphyre. Lors de la consécration, Justinien se serait exclamé : « Salomon je t’aurais dépassé ! ».

magnus
Diptyque Magnus, 518, ivoire, BNF

L’une des particularités de l’art byzantin par rapport à l’art occidental était la taille d’ivoire, de nombreuses œuvres furent ainsi réalisées comme ici, le diptyque de Magnus datant de 518 et représentant le consul Magnus entouré des représentations de Rome et Constantinople. De plus il ne faut pas oublier que Constantinople était l’un des carrefours commerciaux les plus importants de la Méditerranée. Il y avait plus particulièrement des relations privilégiées entre cette ville et les Vénitiens. Ils possédaient dans Constantinople un quartier et des quais réservés. Ces diverses relations commerciales ne pouvaient qu’enrichir la culture byzantine.

 

La prise de Constantinople

Une première tentative de conquête

Murad II, né en 1404 et mort en 1451, était un sultan ottoman. En 1422 il tenta sans succès de prendre Constantinople, les Constantinopolitains ont défendu ardemment leur ville et leur liberté. Ces derniers s’étaient séparés de l’Église catholique depuis le schisme de 1054, cela avait donné à Constantinople plus d’autonomie, elle n’était dirigée plus que par le Patriarche et l’empereur et elle devint Orthodoxe. Constantinople avait cependant besoin de soutiens, elle invita donc Venise, la grande puissance commerciale et navale de cette époque à installer un comptoir dans la ville et lui attribua un quartier réservé et des privilèges. Dans un premier temps la paix régna dans la ville mais les Vénitiens commencèrent à convoiter le trône de l’empereur. Pour remédier à cela, l’empereur attribua un nouveau quartier à une autre grande ville italienne: Gênes. Celle-ci était détestée par les Vénitiens ce qui entraîna un conflit interne entre les Génois et les Vénitiens dans Constantinople les détournant du trône. Lors de la première tentative de conquête de Murad II les Vénitiens et les Génois aidèrent donc Constantinople a repousser l’armée ottomane grâce à leur puissante armée navale. La défaite de Murad II le poussa à abdiquer en 1446. Le pouvoir revint à son fils Mehmed II mais avant cela Murad II signa un traité de paix avec l’empereur byzantin Jean VII.

De meilleures conditions pour la prise de Constantinople de 1453
Mehmed II
Portrait de Mehmed II, Gentile Bellini, 1480, National Gallery, Londres

Pour Jean VII cette tentative de conquête a été repoussée de peu. Dans l’espoir d’obtenir des secours d’Europe en cas d’une autre conquête, il décida donc de demander au Pape d’unir les Églises d’Orient et d’Occident. Cette demande fut acceptée au concile de Florence en 1439. Le successeur de Jean VII, Constantin XI accepta la décision du concile. Mais le peuple et l’ensemble des membres du clergé étaient violemment opposés à celle-ci ; ils semblaient même préférer les Turcs aux Latins. Les Grecs n’avaient pas oublié qu’au cours de la quatrième croisade (1204), Constantinople, prise et saccagée par les Croisés, devint pour un siècle la capitale d’un empire latin. «Mieux vaut le turban du sultan que la mitre du cardinal», auraient-ils dit. Une rébellion des habitants de Constantinople contre leur empereur eut donc lieu et lorsque Mehmed II assiégea la ville ceux-ci ne se défendirent pas aussi ardemment que la première fois.

La prise de 1453

En 1451, Mehmed II accéda au trône. Il avait 21 ans et était décidé à terminer l’œuvre de son père. Dès 1452, Mehmed s’installa sur la rive européenne du Bosphore, où il fit construire le château fort de Roumélie (Rumeli Hisari). Au printemps 1453, se sentant assez robuste, le jeune souverain tenta sa chance. Il conduisit son armée exceptionnellement nombreuse (200 000 hommes recrutés dans toutes les provinces de l’Empire) sous les murs de Constantinople. Il savait que les fortifications de la ville étaient les plus redoutables de l’époque, ils les encerclèrent avec soin. Son armada d’environ 130 navires, qu’il dota d’une puissante artillerie, possédait aussi des fusées. Le secret de cette combinaison astucieuse de feu grégeois a été transmis par les Grecs aux artificiers arabes, en même temps que le principe de la charge creuse. Malgré un intense bombardement, les Byzantins avec leurs 5000 soldats aidés par un petit contingent génois de 2000 hommes commandé par Jean Giustiniani, repoussèrent plusieurs assauts turcs. Cependant, après avoir traversé la Corne d’Or à bord d’un bateau et ouvert une brèche dans les remparts, les janissaires, les soldats d’élite de l’armée ottomane, lancèrent une ultime offensive. Le 29 mai 1453, la fabuleuse ville, phare de la civilisation chrétienne tomba, sept semaines après le début du siège. Mehmed entra dans Constantinople à cheval et rejoignit la cathédrale Sainte Sophie. Tandis qu’un soldat grimpait sur son majestueux dôme pour abattre la croix dorée érigée par Justinien huit cent ans plus tôt, il fit prononcer la prière.

 

Constantinople sous la domination turque

De Constantinople à Istanbul

Malgré les inévitables massacres, (4000 tués, 50 000 prisonniers) l’ordre fut rapidement rétabli. Alors que les Génois sont maintenus dans leur ancien quartier de Galata, les Byzantins rescapés sont éparpillés dans plusieurs d’entre eux, notamment celui de Fanar. Le sultan fidèle à la politique ottomane de libéralisme envers les pays conquis, garantit la liberté aux Grecs, dont la «nation» (millet) serait représentée et gérée par le patriarche qui, bien que mis sous tutelle, vit ainsi son statut et son prestige renforcés. Mehmed II nomma patriarche Gennadios Scholarios (le plus éminent adversaire de l’union des églises) à la place de l’unioniste Grigorios, s’affirmant ainsi chef de l’Église. En 1458, le sultan Mehmed II transporta sa capitale d’Edirne à Constantinople. Cette ville devenue principalement musulmane fut repeuplée et revalorisée. Constantinople pris également le nom d’Istanbul comme trait d’union entre les Turcs et les Grecs de l’Empire ottoman.

Les apports artistiques et culturels des Turcs musulmans
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Sainte Sophie actuellement, Istanbul

La plupart des églises dont Sainte Sophie furent transformées en mosquées. De nombreux édifices administratifs ou religieux furent bâtis. Mehmed donna à sa capitale, un saint patron Eyüp, compagnon de Mahomet, mort en Martyr lors du siège de la ville au VIIème siècle. Son mausolée, élevé à la pointe de la Corne d’Or, est de nos jours encore un des principaux lieux saints de la Turquie et le centre du plus important pèlerinage du pays. Sainte Sophie établit donc le plan type de la mosquée ottomane qui est mis en place par l’architecte de Soliman le Magnifique : Sinan (1491-1588). C’est un architecte issu du corps des janissaires. Il fut le plus grand architecte de la période ottomane. Il accorde une grande importance à la lumière.

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La Fontaine de Murad III dans le Harem du palais de Topkapi, Istanbul

Le palais de Topkapi est le chef d’œuvre principal des ottomans. Il est situé sur la Corne d’Or. Sa construction commença en 1454, et dura jusqu’au XIXe  siècle. Il réunit toutes les fonctions (administratives, politiques, culturelles et artistiques). Il reprend un principe ancien de la séparation du palais public et privé. Il comporte 4 cours : la première est plus grande, elle est publique. La deuxième est encore publique et la partie privée commence à la troisième cour. La première cour est plutôt dédiée aux janissaires, la seconde est réservées aux fonctions administratives (audiences, réception des ambassadeurs étrangers…) : c’est déjà là que se situe l’entrée du Harem. Dans la troisième cour on se trouve le pavillon des audiences et l’emplacement du trésor. Il met en place l’architecture palatiale impériale. Cela n’est qu’un aperçu de l’art très riche et long de la dynastie ottomane.

Les conquêtes ultérieures

Après le prise de Constantinople, Mehmed II est appelé Mehmed «Fatih», signifiant le Conquérant. Il passa le restant de son règne (28 années) à guerroyer contre ses différents voisins. Il conquit notamment la Serbie, la Bosnie et l’Anatolie, avec pour objectif de contrôler le bassin de la mer Noire et ainsi supprimer la suprématie vénitienne et génoise de la région, il entreprit ensuite la conquête de la Crimée. L’expansion turque se poursuivit rapidement. Il ne restait au sultan qu’à s’emparer des derniers territoires grecs et des possessions latines du Levant.

 

 

La prise de Constantinople reste l’un des plus hauts faits de l’histoire universelle. Les historiens considèrent qu’il marque la fin du Moyen Âge et le début de l’ère moderne. La demande d’entrée récente dans l’Union Européenne de la part de la Turquie, nous incite à remarquer que même à notre époque, la Turquie reste encore un pays entre deux continents.

 

 Sources:

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